Le 2r3s et le German Marshall Fund engagent une réflexion sur la sécurité au Sahel

« Quel avenir pour la coopération transatlantique au Sahel ? ». C’est autour de cette thématique ambitieuse que le German Marshall Fund et le Réseau de Réflexion Stratégique sur la Sécurité au Sahel (2r3s) se réunissaient, le mardi 24 janvier 2018 pour un « Breakfast discussion ». Les allocutions des deux principaux intervenants : M. Jérôme Pigné, Président et co-fondateur du réseau 2r3s, et le Dr Jean-Pierre Bat, chargé de mission Afrique au CAPS 1 , ont soulevé des points clés concernant les approches américaines, françaises et européennes vis-à- vis de la stabilisation et de la résilience du Sahel.

Après avoir introduit son propos par un rappel du contexte actuel, M.Pigné a dressé un rapide bilan des stratégies de sécurité et de développement des administrations Bush et Obama au Sahel, en insistant sur la continuité entre ces deux présidences. Il a ensuite livré une analyse extrêmement pertinente concernant les enjeux d’une coopération transatlantique à l’heure des approches dites « globales » 2 . En insistant sur les avantages comparatifs de chaque acteur (coopération militaire et/ou de développement), mais également sur le plan financier, Jérôme Pigné a su démontrer le bénéfice d’une meilleure articulation pour opérationnaliser une véritable approche globale, multisectorielle et pluri-acteurs. Le Dr Jean-Pierre Bat s’est ensuite exprimé au sujet des approches françaises et européennes au Sahel. Il a notamment défendu l’idée selon laquelle il était nécessaire de sortir du tropisme occidental pour régler la crise dans cette région, en privilégiant la participation des acteurs locaux mais également internationaux comme la Chine par exemple. Il a également partagé sa réflexion concernant le fait que la stabilisation de la région passerait par un contrôle des points d’entrées de flux, comme les ports ou les capitales. Par cette idée le Dr Bat montre que la crise du Sahel ne se conçoit pas comme une zone figée et délimitée par des frontières nationales, mais bien comme un territoire fluide, potentiellement instable, qui s’étend aux pays voisins comme la Libye ou l’Algérie.

Si la question de l’imprévisibilité de l’administration Trump, notamment en matière de politique étrangère, s’est nécessairement posée, cela n’a pas empêché le débat d’être extrêmement productif et prospectif. En effet, des solutions concrètes ont été apportées par les différents participants afin de rendre les stratégies sur le terrain plus efficientes et répondant aux enjeux des réalités politiques et socio-anthropologiques locales.

Parmi les nombreuses réflexions, il ressort essentiellement du débat l’incontournable recours, pour les décideurs politiques, de se tourner vers des partenaires locaux pour réfléchir ensemble à des actions efficaces, sur le plan de la sécurité et du développement. Sur ce dernier point précis, les deux panélistes ont insisté sur la redéfinition du récit du « développement », dans une logique structurelle, à rebours des dispositifs pensés dans le cadre de la gestion de crise. Les approches doivent être conceptualisées, puis mises en œuvre, dans un système de gouvernance multi-niveaux, fruit d’une mobilisation prioritairement africaine.

En définitive, cette table ronde, extrêmement riche de par l’hétérogénéité et la complémentarité des experts, était un premier travail en vue de futurs projets de collaboration sur les enjeux et impacts de l’implication des acteurs internationaux dans l’espace sahélo-saharien.

Le 2r3s remercie Violette Nourry pour cet article.

 

1 Centre Analyse, Prévision et Stratégie du Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères
2 L’approche globale repose sur une articulation efficace des stratégies militaires et celles de développement afin de parvenir à une situation de paix durable.

 

Crédit Photos : Les photos appartiennent au GMF (German Marshall Fund) et ne peuvent être utilisées sans leurs droits.